L'arbre de Noël

L'arbre de Noël est l'une des plus belles de nos traditions et regroupe à lui seul une multitude de symboles, autant païens que chrétiens : lumière, renouveau et renaissance, vie et fécondité, paix…


Antiquité
Dans l'antiquité, les Celtes avaient coutume d'utiliser différentes variétés d'arbres à feuilles persistantes lors de cérémonies hivernales païennes, cérémonies dont le but étaient d'assurer le retour du printemps, de protéger sa famille des mauvais esprits et des maladies. Ainsi, le houx était un symbole de vie éternelle car il restait vert alors que tout dans la nature flétrissait l'hiver venu (de la même manière, pour les Gaulois, le gui était un symbole d'immortalité). Le solstice d'hiver était associé à ces végétaux toujours verts. Ce jour là, on ramenait de la forêt des branches de conifère, genévrier, houx ou encore de gui pour en décorer les maisons et on y suspendait parfois des fruits, des fleurs ou bien du blé. La nuit la plus longue de l'année était célébrée par des feux de joies.

O Ghel an Heu !
Le gui, végétal sans racine, ne peut pousser qu'en parasitant une autre plante. Les Celtes lui vouait une adoration toute particulière car il s'agissait là pour eux d'un attribut très important. Il était rare et précieux et on lui octroyait de nombreuses vertus thérapeutiques. Il n'était cueilli qu'à la sixième nuit du solstice d'hiver, à l'aide d'une serpe dorée, il ne devait pas toucher terre au risque de perdre ses pouvoirs, et était ensuite protégé dans un linge blanc. Le Druide prononçait alors ces quelques paroles : "O Ghel an Heu !" (Que le blé germe !)

En Scandinavie, le gui était un fort symbole de paix. Selon la légende, lorsque deux ennemis en guerre se rencontraient sous le gui, ils devaient baisser les armes et s'embrasser. Toujours pour le solstice d'hiver, lors des célébrations antiques des Saturnales (hommages à Saturne, Dieu de l'agriculture et des semailles), les romains décoraient leurs maisons de toutes sortes de branchages.
Il était donc inévitable que cette coutume de l'arbre toujours vert se généralise lors de la montée du Christianisme en Europe, à la fin du 4ème siècle, et qu'elle fut finalement associée aux festivités de Noël.
Une légende chrétienne raconte d'ailleurs, qu'au 6ème siècle, le moine irlandais Colomban aurait débarqué en France pour y convertir la population à la foi chrétienne. Voyant que les gens honoraient un sapin pour le solstice d'hiver, il aurait formé une croix à l'aide de quelques branchages et les aurait décorées de torches allumées afin d'attirer le peuple.
Moyen-Âge & Renaissance
Au Moyen-Âge, au moment des fêtes religieuses et donc durant la période de l'Avent, des fidèles (issus de troupes amateurs) mettaient en scène différents tableaux bibliques sur les parvis des églises. Ces mises en scène, à l'origine des crèches vivantes, étaient appelées mystères (interdits en 1548 sous Henri II), étaient très populaires et notamment celle dite du Paradis qui représentait le jardin d'Eden, Adam et Eve ainsi que leur expulsion du Paradis. Le jardin d'Eden était figuré par des branches d'arbres garnies de pommes rouges, chaque pomme symbolisant un pêché, ainsi que des roses en papier. Par la suite, à partir du 15ème siècle, cette coutume de l'arbre du Paradis s'est installée dans les maisons tous les 24 Décembre, jour où l'on célébrait Adam et Eve.

En 1521, en Alsace, on remplaça pour la première fois les branchages par un sapin et dans les décennies qui suivirent, la décoration se diversifia. En plus des pommes rouges, on ajouta des biscuits, des confiseries… Ainsi, le jour de Noël, on pouvait voir un sapin décoré dans chaque maison alsacienne. En hiver, le sapin des Vosges était le seul arbre vert de la région et en 1546, la ville de Sélestat (Bas-Rhin) autorisa la coupe de ces arbres durant toute la période de Noël, soit depuis le 21 Décembre (jour de la Saint Thomas) et jusqu'à 9 jours après la fête.
Des récentes recherches ont toutefois démontré que la ville de Sélestat ne serait peut-être pas le berceau de l'arbre de Noël. En effet, en 2012, on a découvert à Strasbourg des archives faisant référence à une commande de sapins par l’Église en 1492. Une chose semble sûre, le sapin de Noël est alsacien !
La réforme protestante de Martin Luther
L’Église Chrétienne, considérait le sapin de Noël comme une réminiscence des rituels païens qu'elle avait combattus auparavant et était plutôt réticente avec cette nouvelle tradition. De leur côté, lors de la réforme de Martin Luther, les protestants voulurent se différencier des catholiques et abolirent le culte des Saints, créèrent le Christkind (qui dorénavant apporterait les cadeaux aux enfants sages à la place de Saint Nicolas), et préfèrent représenter la nativité à travers le sapin de Noël plutôt que la crèche comme les catholiques avaient coutume de la faire. Aux yeux des protestants, le sapin de Noël symbolisait parfaitement le jardin d'Eden et donc une connaissance précise de la séparation du Bien et du Mal. Ainsi, dans tous les pays protestants, c'est bien l'arbre de Noël qui prit place dans les maisons, et non la crèche comme chez les catholiques. Dès lors, le sapin vit ses décorations se modifier un peu et on commença à suivre de nouvelles traditions comme par exemple celle de l'étoile perchée au sommet de l'arbre, représentant l'étoile de Bethléem qui guida les Rois Mages.

La tradition du sapin de Noël se répandit partout en Allemagne, Autriche et en Europe du Nord, puis inévitablement dans les familles catholiques. A partir du 17ème siècle, on trouva même des sapins dans les églises, illuminés de bougies, symbolisant la lumière. Au 18ème siècle, les sapins illuminés étaient devenus chose courante, notamment en Allemagne où l'on déposait douze bougies sur le sapin, symbolisant chacune un mois de l'année.
Le sapin de Noël en France
Sous Louis XIV, la princesse Palatine, belle-sœur du roi, tenta d'introduire à Versailles un immense arbre de Noël tout illuminé, car elle avait un souvenir ému, intense et émerveillé des Noël allemands de son enfance. Malheureusement, la cour jugea cette initiative trop onéreuse et refusa. Plus tard, En 1738, Marie Leszczyńska, princesse polonaise et épouse de Louis XV introduisit un sapin décoré au château de Versailles, toutefois l'événement passa inaperçu.
En Mai 1837, Hélène de Mecklembourg-Schwerin, princesse originaire d'Allemagne, épousa Ferdinand-Philippe, duc d'Orléans. La même année, en Décembre, aux Tuileries, la duchesse décora le tout premier sapin de Noël français. De la même manière, en Angleterre, en 1841, la Reine Victoria épousa le Prince Albert originaire lui aussi d'Allemagne et l'arbre de Noël fut ainsi importé au Château de Windsor. Peu à peu, cette nouvelle tradition de la cour se répandit chez toute la bourgeoisie, puis le peuple.
Après la guerre franco-prussienne de 1870, qui opposa l'Empire français à tous les royaumes allemands, la France perdit une partie de l'Alsace-Lorraine. Une clause du traité de Francfort donna aux Alsaciens-Lorrains la possibilité de conserver leur nationalité française à condition de quitter la région. Ainsi, environ 100 000 personnes abandonnèrent leur terre natale pour aller s'expatrier dans une autre région. Ces migrants ont largement participé à l'introduction du sapin de Noël dans les maisons françaises. A la fin du 19ème siècle, tout le pays avait adopté le sapin de Noël.

Le sapin de Noël dans le monde
Aux États-Unis, la tradition du sapin de Noël fut importée par les tout premiers immigrants allemands. Au Québec, elle remonte à la fin du 18ème siècle, donc bien avant sa démocratisation en Angleterre, quand en 1781 le général Von Riedesel, des troupes de Brunswick, planta à Sorel le tout premier sapin de Noël. Mais ce n'est que sous l'ère victorienne que la tradition se démocratisa réellement, tout d'abord dans les familles bourgeoises et dans les centres urbains.

En Angleterre, à cette même époque, une véritable tradition festive se créa autour de la famille, renforcée par la littérature et notamment A Christmas Carol de Charles Dickens qui lança entre autres la mode de la dinde de Noël ! C'est d'ailleurs grâce à Charles Dickens que le conte de Noël devint un véritable genre littéraire, à part entière. Chez les anglais, le sapin devait être relativement petit (six hauteurs de branches maximum), car on le posait sur une table, généralement recouverte d'une nappe de damas blanc. On le décorait de guirlandes, fleurs en papier et confiseries.

En Russie orthodoxe, la tradition s'installa dès le 18ème siècle grâce aux princesses d'origine allemande, et se généralisa dans les familles bourgeoises à partir du 19ème siècle.
En Tchécoslovaquie, les familles avaient l'habitude d'installer une crèche de Noël et la coutume de l'arbre remonterait au début du 19ème siècle quand le directeur du Théâtre des États, Jan Karl Liebich originaire d'Allemagne, importa la tradition à Prague.
"Karl Liebich avait une famille nombreuse et, aussi, de nombreux créanciers qui frappaient à sa porte juste avant Noël. En 1812, il a décidé d'organiser à leur intention une grande fête au château de Liben, où il habitait, et de montrer pour la première fois à ses invités un arbre de Noël richement décoré et illuminé. Mais avant de les inviter, il a tenu à expliquer que le sens de cette tradition consiste à poser les cadeaux sous le sapin. Ses amis riches l'ont compris et ont accroché sur cet arbre les lettres de change remboursées, avec une note : pour une année, uniquement." (Valburga Vavrinova, historienne).
Une nouvelle tradition était née à en Tchécoslovaquie. Dans les campagnes, l'arbre de Noël était accroché à l'envers au dessus de la table. A cette époque, les gens avaient coutume de suspendre une colombe, symbolisant le Saint Esprit, à ce même endroit, toute l'année, afin de bénir la maisonnée. Comme l’Église catholique commençait à suggérer que le sapin était un symbole de vie éternelle, le sapin remplaça logiquement la colombe.
Le sapin de Noël moderne
Ce n'est qu'au 20ème siècle que les pays catholiques comme l'Italie ou l'Espagne adoptèrent le sapin de Noël. Les bougies furent progressivement remplacées par des guirlandes électriques bien moins dangereuses et certaines familles optèrent pour des sapins artificiels, pour des raisons économiques, ou pratiques (lire à ce sujet mon article Sapin de Noël naturel ou sapin artificiel, lequel choisir ?)
La première guirlande électrique remonte à 1882 et fut réalisée à New York par un collaborateur de Thomas Edison. La coutume des boules de Noël remonte quant à elle à 1858. Cet hiver là avait été particulièrement rude et la récolte des pommes d'autant plus pauvre. Un artisan verrier de Meisenthal en Moselle eut la brillante idée de souffler quelques décorations en forme de fruits afin d'égayer son sapin. La boule de Noël était née !
Aujourd'hui, les décorations sont multiples : petits personnages, fées, mini-cadeaux, confiseries, boules, guirlandes de perles, cloches, étoiles, miniatures en bois, de la neige artificielle, des cheveux d'ange, des glaçons en verre, etc… notre seule limite est notre imagination !


Traditionnellement, l'arbre de Noël ne doit être décoré que le 24 décembre et enlevé 12 jours plus tard pour l'Epiphanie. Toutefois, aujourd'hui, probablement pour baigner dans la magie de Noël plus longtemps, on n'hésite plus à décorer son sapin dès la fin novembre (ce qui correspond plus ou moins au début de l'Avent.

Aux Philippines, les festivités liées à la décoration commencent même dès le mois d'Octobre et aux USA, on laisse parfois son sapin jusqu'en Février !
Botanique
D'un point de vue botanique, le vrai sapin - dit "sapin blanc" -, a des feuilles à deux bandes blanches sur le dessus, elles sont plus grandes, plus vertes et plus résistantes que celles de l'épicéa qu'on utilise généralement à Noël. Toutefois, comme les aiguilles de l'épicéa ont tendance à tomber plus rapidement, on le remplace souvent par le sapin de Nordmann, plus cher mais plus résistant. En France, bon nombre de personnes restent toutefois très attachés à l'épicéa pour son parfum inimitable.

Dans l'hémisphère Sud, comme Noël tombe en plein été, on remplace le sapin traditionnel de l'hémisphère Nord par des arbres saisonniers, comme en Nouvelle-Zélande par exemple, où on utilise un pohutukawa dont les belles fleurs rouges écarlates éclosent en fin d'année.

De la même manière, à la Réunion, en Floride, à Madagascar, au Mexique, à Cuba... le flamboyant dont la floraison a lieu entre novembre et avril, annonce Noël. Ses fleurs rouges sont absolument magnifiques ! J'ai connu pour ma part une famille française d'origine polonaise dont les parents étaient nés en Afrique, chaque année en Décembre, ils décoraient un palmier de Noël !


Désormais, au delà des clivages religieux, on trouve un arbre de Noël dans quasiment toutes les maisons.

Une légende méditerranéenne
C'est la nuit du 24 au 25 décembre, le petit Jésus est né. Ses parents ont trouvé une vieille grange pour s'abriter. La nouvelle s'est répandue dans tout le pays et de toutes parts, des personnes arrivent, les bras chargés de cadeaux.
A côté de la grange, il y a un palmier, un olivier et un sapin. Et le sapin pleure. Il pleure fort, à gros sanglots. Le palmier et l'olivier se regardent inquiets, ne comprenant pas la raison de tels pleurs, alors que l'ambiance est à la joie.
Finalement, l'olivier dit :
- "Petit sapin, pourquoi pleures-tu si fort ? Tout le monde est heureux ici. Réjouis-toi, tout comme nous de cette naissance tant attendue."
- "Je suis heureux de cette naissance, mais je suis triste car je ne sers à rien." Répond le sapin.
L'olivier et le palmier sont étonnés et demandent des explications au sapin :
- "Toi, l'olivier, tu donneras des olives qu'on pourra manger ou transformer en huile. Toi, le palmier, tu donneras des dattes si bonnes et si nourrissantes. Mais moi ? Qu'est-ce-que je donne moi ? Je n'ai que des aiguilles qui piquent pour recouvrir mes longues branches."
Le sapin se remet à pleurer encore plus fort... si fort qu'un ange qui a entendu la conversation, décroche des étoiles dans le ciel et les fait tomber en une pluie scintillante sur les branches du sapin, en lui disant que désormais il serait utile dans chaque maison, car par sa beauté ainsi parée, il apportera encore plus de joie le soir de Noël.
Voilà pourquoi, maintenant, on décore le sapin pour Noël.

Une légende allemande

Il était une fois, en Allemagne, il y a longtemps... très longtemps, un bûcheron.
En rentrant chez lui, par une nuit d'hiver claire mais glaciale, l'homme fut ébahi par le merveilleux spectacle des étoiles qui brillaient à travers les branches d'un sapin recouvert de neige et de glace.
Pour expliquer à sa femme la beauté de ce qu'il venait de voir, le bûcheron coupa un petit sapin, l'apporta chez lui, et le couvrit de petites bougies allumées et de rubans.
Les petites bougies ressemblaient aux étoiles qu'il avait vues briller, et les rubans, à la neige et aux glaçons qui pendaient des branches.
Des gens virent l'arbre et s'en émerveillèrent tant, surtout les enfants, que bientôt chaque maison eut son arbre de Noël.

La Légende des Araignées de Noël

Une légende raconte qu'il y a très longtemps, en Allemagne, une maman s'affairait à préparer les décorations de Noël; l'arbre était dressé, la maison nettoyée et les araignées chassées. Le soir, le calme et la sérénité revenus, les araignées revinrent et découvrirent le sapin, elles entreprirent aussitôt l'assaut de l'arbre, le recouvrant de leurs toiles grises et poussiéreuses.

Lors de l'arrivée du Père Noël pour la distribution des cadeaux, il fut ravi de découvrir les araignées heureuses et satisfaites de leur travail de décoration du sapin, mais il ne put s'empêcher de penser à la tristesse de la mère qui allait retrouver son arbre décoré de toiles. C'est pourquoi, pour satisfaire tout le monde le Père Noël transforma la décoration de fils grisâtres en fils d'or et d'argent. L'arbre de Noël se mit alors à scintiller et à briller de tous ses feux!

C'est pour cette raison que depuis, les décorations de nos sapins de Noël sont constituées de belles et brillantes guirlandes.

C'est aussi pour cette raison, que la légende dit qu'il faudrait toujours glisser, au milieu des branches de nos arbres de Noël, de gentilles petites araignées...

Sources :
noel-alsace.fr
lexilogos.com
wikipedia
arbre-celtique.com
erf-valleraugue.fr
tecfa.unige.ch
culture.gouv.fr
cafe-geo.net
Radio Praha

Crédit photos :
- Carte vintage : Royce Bair | CC-NC-ND-2.0
- Wikimedia
- Pohutukawa : Brian brianscantlebury.com | CC-ND-2.0
- Flamboyant : lezumbalaberenjena - CC-NC-ND 2.0
- Araignées de Noël : Stuart Williams | CC-NC-ND 2.0

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