Le 8 décembre à Lyon


A Lyon, le 8 décembre est le jour des Illuminations.

Les habitants déposent sur leurs rebords de fenêtres et leurs balcons des lumignons... Tout brille et tout scintille ! Il s'agit de petites bougies cannelées placées dans des verres colorés à facettes (bleu, vert, rouge, jaune), des flammes vacillantes et si éphémères qui projettent leur halo de couleurs chaudes et illuminent une ville toute entière, durant une nuit, une nuit seulement. Bien que laïque, et n'ayant jamais quitté le Rhône, je suis très attachée à cette célébration. Enfant, j'avais le secret espoir que l'aube venue, un des lumignons serait encore en feu. Aujourd'hui encore j'ai ce rêve fou... je crois en la magie de Noël !

Aujourd'hui, la fête dure quatre jours et est prétexte à un déluge de mises en scènes, toutes plus spectaculaires ou poétiques les unes que les autres. Des gens du monde entier viennent admirer ce gigantesque show lumineux, à l'échelle de la ville et profiter de ces Illuminations aujourd'hui devenues Fête des Lumières (depuis 1989 et le Plan Lumière de Michel Noir - le Festival Lyon Lumières de quatre jours existe quant à lui depuis 1999). On en aurait un peu tendance à oublier que cette fête est intimement liée à l'histoire religieuse de notre ville. Mais le plus important est bien que ce geste de foi, perpétué également dans les familles laïques, est devenu avec le temps un geste de joie. Je ne connais pas de lyonnais, même expatriés, qui ne manquent de célébrer cette fête hivernale en déposant, à la nuit tombée, quelques bougies sur sa fenêtre. Pour les lyonnais, c'est aussi le premier pas vers Noël

Il faut remonter à la Renaissance afin de mieux comprendre les festivités lyonnaises du 8 Décembre. A cette époque, la France est très gravement touchée par la peste et jusque vers la première moitié du 17ème siècle, des villes entières vont être décimées à cause de l'épidémie. Ainsi, la moitié de la population lyonnaise disparaîtra. La médecine est impuissante face à la maladie et ne peut plus faire face. Le 12 Mars 1643 le Prévost Alexandre Mascary (équivalent du maire actuel) et les Échevins (magistrats municipaux) s'en remettent alors à la Vierge Marie, dont on célèbre le culte depuis l'Antiquité (aux alentours de 150, Saint Pothin, premier évêque de Lyon et martyr, aurait apporté avec lui une icône de la Vierge et aurait invité tous les Chrétiens à prier Marie; un oratoire lui aurait été alors dédié sur le forum romain actuelle colline de Fourvière).

Afin d'obtenir la protection de Marie, ils s'engagent à élever deux statues en son honneur, à lui offrir reconnaissance ainsi que sept livres de cire blanche en cierges et en flambeaux, et un écu d’or. Ils font également vœu, pour eux et leurs successeurs, de la célébrer chaque année le 8 Septembre (jour de la fête de la Nativité de Marie) en se rendant personnellement à la messe en la Chapelle de Fourvière (pas encore Basilique). Cette année là, alors que le reste du pays est toujours décimé par la peste, l'épidémie épargne la ville de Lyon. Une grande messe est alors organisée le 8 Septembre, en l'honneur de Marie et Lyon se met officiellement sous sa protection. Aujourd'hui encore, le Maire et les élus de Lyon viennent chaque année, tous les 8 Septembre, renouveler le vœu des Échevins. Un cortège solennel monte vers la Basilique de Fourvière et une pièce d'or est remise à l’Évêque de Lyon.

Deux siècles plus tard, en 1850, les autorités religieuses lancent un grand concours pour la réalisation d’une statue, au sommet de la colline de Fourvière, en l'honneur de la Vierge Marie. Le concours est remporté par le sculpteur lyonnais Victor Fabisch et l'inauguration de la statue, une Vierge en bronze doré, est prévue pour le 8 Septembre 1852, jour de la fête de la Nativité de Marie. Au mois d'Août, la Saône sort de son lit et inonde l'atelier du fondeur, l'inauguration est donc repoussée au 8 décembre, jour de l'Immaculée Conception. La statue de la Vierge Dorée de Fabisch est mise en place sur le clocher de la Chapelle de Fourvière quelques jours plus tôt. Le 8 Décembre toute la ville se prépare pour l’événement. A midi, une messe est célébrée par le Cardinal de Bonald, le prélat bénit la statue et la foule (400 prêtres et 10 000 personnes sont présents à Fourvière ce jour là !), mais le ciel gronde et se fait très menaçant. De très violents orages éclatent dans l'après-midi. Le feu d’artifice qui devait avoir lieu est annulé et les festivités écourtées et reportées au 12 décembre.

"Le cardinal avait prévu des illuminations officielles à partir de 19 heures, quand les ouvriers sortent des usines. Mais à Fourvière on ne peut dresser les portiques qui accueilleront les feux de Bengale. La cérémonie officielle est reportée au dimanche 12 décembre."
(Gérald Gambier - La merveilleuse histoire du 8 décembre à Lyon / Ed. La Taillanderie, 2006)

Peu avant la tombée de la nuit, la tempête cesse enfin, laissant place à un bel arc-en-ciel. "C'est un fait météo avéré, il est relaté par la presse de l'époque. Pour les croyants, c'est le déclencheur."(G. Gambier)

Les nombreux citadins qui avaient prévu d’illuminer leurs habitations à l’aide de bougies sont exaltés et dès 18 h 00 les premières fenêtres s'illuminent. A 20 h 00, c'est toute la ville qui est vêtue de lumière. Les autorités religieuses se laissent gagner par cette vague d'enthousiasme spontané et communicatif et la Chapelle de Fourvière apparaît soudain dans la nuit.

"Tout à coup apparaissent à quelques fenêtres inconnues des lignes de feu... La ville s’était embrasée en un instant. Bientôt, il ne restait plus, sur la vaste étendue des quais, des rues, des passages ignorés et des cours invisibles, aucune fenêtre obscure. Les petits marchands, les clochers, illuminaient leurs baraques, leurs voitures et jusqu’aux bordures des trottoirs... Quelques feux de Bengale s’allumèrent sur les toits de la chapelle de Fourvière, la statue de la Vierge apparaît et la grosse cloche de Saint Jean, cet éloquent interprète des joies publiques, est lancée à toute volée. A huit heures, la population entière était dans la rue, circulant, paisible, joyeuse et attendrie. On se serrait la main sans se connaître, on chantait des cantiques, on applaudissait, on criait : "Vive Marie ! " Les étrangers n’en revenaient pas de leur surprise, et les lyonnais, tout remplis qu’ils étaient de cette fête improvisée, se demandaient comment, en un instant, une population de trois cent mille âmes avait pu être saisie de la même pensée". (Louis Jacquemin - Histoire des églises de Lyon / Ed. Elie Bellier, 1983)

Ce soir là, une fête était née…

Crédit photos :
Fête des Lumières (#2 et #3) - Maxime Fort (CC-NC-ND-2.0)
Merci Marie (#4) - Clara Giraud (CC-ND-2.0)

Sources :
lumieres.lyon.fr
lyonweb.net
ebior.org
lyonplus.com
fourviere.org

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